14 août 2014

BOYHOOD

« Le temps passe et passe et beaucoup de choses ont changé. Qui aurait pu s'imaginer que le temps serait si vite écoulé ? » chantaient les prophètes en leurs heures de gloire. C'était il y a bien longtemps, bien avant qu'ils fassent les premières parties des meetings de François Hollande mais peu importe, cet adage n'est il pas vrai pour autant ? Les années filent c'est une évidence, même pour moi jeune homme encore dans la fleur de l'âge se rapprochant doucement de la trentaine. Ma jeunesse semble pourtant datée d'hier, je me revois encore gamin rêver de ma vie d'adulte, de ce que serait de conduire des voitures volantes, d'avoir un travail, de niquer des gonzesses, de se bourrer la gueule et d'avoir une alimentation volontairement défaillante.
Et puis un jour, on se réveille et on est vieux. On met deux jours pour se remettre d'une cuite, on a pris du bide avec toutes ces années de mastur malnutrition, alors on se met à courir pour le perdre (en vain bien sûr). On a le front de plus en plus dégarni et la tonsure commence doucement à apparaître. Les gonzesses deviennent une, les potes se font rares et le boulot commence à faire chier, bref la vie commence à avoir le goût de merde qu'on a tant redouté. Alors mélancoliques, on jette un regard en arrière et on se demande où sont passées nos dix dernières années.
On aura beau se poser la question, aucune réponse ne pourra véritablement s'approcher de la réalité, seul un regard sur le passé peut nous aider à apprécier le chemin parcouru et embrasser le futur qui s'offre à nous. Richard Linklater l'a bien compris, et a fait de son film une véritable expérience de ciné-réalisme autour de cette question existentielle. Réalisateur de quelques bons films dans un océan de médiocres, Linklater a fait le pari fou de filmer des acteurs sur une période de douze ans afin de nous raconter une histoire somme toute plus banale, la vie d'un adolescent et le passage à l'âge adulte. Déjà vu et revu plus d'une centaine de fois avec plus ou moins de succès, Boyhood sort des schémas et des normes établis et nous colle une madeleine de Proust entre les chicots.
D'une simplicité écrasante, la réalisation nous absorbe dès les premières minutes et ne nous relâche jamais, ainsi la caméra et le spectateur se laissent guider au travers des dysfonctionnements d'une famille, d'un système, d'un état. Doté d'un montage intelligent, Boyhood brille dans tout ce qu'il entreprend jusqu'à nous faire oublier la mise en scène et nous faire passer de notre statut de simple spectateur à celui de membre de la famille. On finit par se retrouver comme un oncle un peu éloigné, surpris de voir son neveu une ou deux fois dans l'année et ébahi par sa transformation physique et intellectuelle ; témoins d'une vie d'enfant, devenu adolescent et aujourd'hui adulte. 
Triste parfois, drôle souvent et intimiste tout le temps, Boyhood est un feel-good movie indéniable. Il nous offre un panel d'acteurs justes et un bande originale savoureuse prenant toute sa place au sein du récit. En dehors de quelques instants cheesy et du cabotinage des plus jeunes au début du film, rien ne vient perturber notre plaisir. Pas même les 2h45 du film qui, à l'image de nos années passées, s'éclipsent en un rien de temps, et puis franchement on a pas envie que ça se termine. Tel un puzzle, chaque pièce finit par être parfaitement à sa place pour  nous dresser un tableau final époustouflant, criant de réalisme et singulièrement inoubliable.