19 janv. 2012

MILLENIUM : QUAND FINCHER A SUÉDÉ UN FILM SUÉDOIS

David Fincher, le réal' de Millenium, est un mec qui n'aime pas trop se faire chier. Toutes ses journées se ressemblent. Au petit matin, vers quatorze heures, David se fait tirer de son lit à baldaquin par Graziella, sa concierge mexicaine payée au black, qui le colle illico dans son fauteuil roulant, un truc gigantesque serti de pierres précieuses. David n'est pas handicapé. C'est juste qu'il n'aime pas trop marcher. Graziella pousse alors Doudou vers la vaste salle à manger décor Louis XV, s'arrête devant la table, lui met fourchette et couteau Laguiole dans les menottes ; aujourd'hui, en guise d'entrée, elle lui a préparé une brunoise de concombres avec sa gelée de tomate. Un superbe râble de lapin au romarin et sa tombée d'épinards fraîchement cueillis occupent une assiette à droite, tandis que des poivrons confits, sous leur filet d'huile d'olive, scintillent à gauche. « Chpéchialmente por vous, Méchié Finchère », fait la bonne. David comtemple deux secondes la table puis lève le menton vers Graziella : « Tu te fous de moi, Speedy Gonzales ? Dis-le clairement si tu tiens à ce que j'te colle dans le premier bus pour Veracruz ». Il s'interrompt pour baver approximativement dans son crachoir avant d'ajouter : « Va m'mixer tout ça dans un grand verre et ramène une putain de bière ». David n'aime pas trop mâcher.


Quand il est question de faire des films, c'est pire. J'ai vu son remake du premier opus de la trilogie suédoise Millenium, à l'origine sortie en bouquin – mais ça, si t'as pas vécu ces cinq dernières années la tête dans un micro-onde, t'es au courant. Le titre original donne Millenium : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes. Mais sans doute de peur que l'Américain de base ne croie à un bouquin/film traitant d'une bande de tapettes fêtant l'an 2000, ils ont nommé le remake The Girl with the dragon tattoo, ménageant ainsi les cons et leur portefeuille, particulièrement ceux qui tapent régulièrement dedans pour un premium chez SuicideGirls.com. Y'a quand même eu rarement plus con comme titre de film. Le larbin de Fincher s'est sûrement ramené un jour, genre « Hey Dave, j'ai vu ce truc européen avec une fille qu'a un tatouage de dragon dans le dos, elle stalke ses amis Facebook puis fait des sextapes, enfin j'ai rien calculé au film mais l'actrice est bonne », ce à quoi il a dû répondre « Vendu, on n'aura qu'à appeler ça La fille qu'a un tatouage de dragon, tu me fileras le dvd, maintenant arrache-toi. Ah et en sortant tu diras à la Conchita de faire cinquante pompes, ça lui fera les pieds à cette bouffeuse de tacos. »
Concernant le film, The Girl with the dragon tattoo est un vaste copier-coller qui arrondit les angles. Il y a repompe jusqu'à certains plans. Dès le départ, Fincher a voulu nous la mettre profond : son trailer, jugé par cette baltringue de Bret Easton Ellis meilleur que la plupart des longs-métrages sortis ces dernières années, nous vendait un truc un minimum rock'n'roll, une adaptation plus couillue même que l'original, en clair, pas cette copie carbone. Surtout qu'il ne pouvait pas s'empêcher d'y glisser sa micro-touche mongolienne perso qui arrive à elle seule à saboter sa merde de 2h30. Tous ces traits d'humour pas drôles qui n'ont jamais marché dans aucun de ses précédents films. Tous ces détails explicatifs chiants pour être bien certain que la ménagère élevée à American Idol ne se paume pas trop. Ben ouaip, ça serait con de faire déborder sa cuillerée de matière grise alors qu'elle compte aller faire un tour chez Walmart après le film pour relancer l'économie mondiale, enfin à son niveau de femme au foyer hein, parce qu'en dehors de Procter & Gamble c'est le cosmos pour la grosse. Aussi parce que Fincher a choisi une actrice reloue, Rooney Mara, pour succéder à Noomi Rapace. Reloue et moche. Une tronche à faire chialer un champion de poker.
Lectrice, lecteur, ne va pas voir ce Millenium. Vois plutôt l'original si ce n'est fait. Pour ceux qui n'ont pas calculé le titre de mon article, "suéder" signifie faire le remake d'un film de façon la plus cheap possible. Je propose que l'on arrête de suéder les films. On devrait plutôt les fincheriser. Un film fincherisé est aussi pourri qu'un film suédé, mais il allonge 150 millions de dollars. Bonne non-séance et bon jeudi.

Les 11 commentaires idiots

  1. Ca tombe bien, j'me disais aussi qu'il ne se faisait pas trop chier le réal à reprendre un film déjà tiré d'un livre.

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  2. Si je peux me faire mettre, il faut préciser que "The girl with the dragon tatoo" est le titre choisi par les éditeurs anglais et américains du livre. Ils sont allés contre la volonté de Stieg Larsson qui avait pourtant demandé à ce que sa trilogie soit intitulée, "Les hommes qui n'aimaient pas les femmes I, II et III" et non "Millénium I, II et III" et qu'au moins le premier roman conserve ce titre.
    Par ailleurs, Fincher ne fait pas un copier/coller de l'adaptation (il n'exploite pas la photo de la blonde à la fenêtre par exemple), prend des libertés avec le roman (en ce qui concerne le destin d'Anita et la partie londonienne) mais est plus fidèle que l'adaptation suédoise au roman (c'est Mickael qui décrypte le code et non Lisbeth comme voulait le simplifier "Millénium, le film" (si ce titre là n'est pas pire que "The girl with the dragon tatoo", je m'y connais pas).

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  3. Le truc avec Millénium, c'est que le bouquin est tellement dense et construit que si Fincher s'était hasardé à prendre trop de libertés dans son remake, personne n'aurait rien bité. D'où les redondances avec l'adaptation suédoise.
    Cela dit, j'ai préféré la version Fincher, plus noire et plus délétère. Quant au personnage de la geek-gothico-punk-j'ai-des-piercings-dans-des-endroits improbables, c'est pas censé être une bonnasse, donc je me suis plutôt bien accommodé du faciès de hareng anorexique de celle qui l'interprète.

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  4. Ils nous cassent les couilles avec leurs putains de remakes, surtout qu'entre les films suédois et leur déclinaison en série, je crois qu'on a eu notre dose. Dans le même genre je pourrais aussi pester contre les films à suite et autres adaptations de BD (un peu d'originalité bordel) mais je digresserais, donc on va en rester là.

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  5. Fincher est une suceuse.
    Après avoir raconté l'histoire d'un gus qui est vieux puis termine jeune (je sais pas à quoi y marche, mais c'est du frelaté), après avoir fait un film sur les réseaux sociaux (j'aurais plutôt préféré qu'il parle d'un site de films de boules), maintenant, monsieur nous sort sa version d'un bouquin avec des noms imprononçables qui sont même pas français !
    De qui se moque-t-on ?
    Faire un remake me gène pas : si le réal précédent a fait une bouse, ou si il a fait tourner Le Bihan ou Diefenthal, il est salutaire de refaire le film (quoique non en fait). Mais là, y avait pas de raison.
    Il a même pas rajouté de scène de bombasses s'alpaguant dans la boue.
    Non : je suis vraiment extrêmement déçu.

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  6. Je déteste le jeu de Daniel Craig. Il est inexpressif et fade comme un cul de vieille fille qui ne se lève jamais de sa chaise. Un médecin lui apprendrait qu'il a un cancer qu'il faudrait aller chercher des larmes sous les yeux des poissons qui occupent l'arrière-plan dans leur aquarium. Le jour où un sentiment passera sur la gueule de Daniel Craig (et dans sa posture et sa gestuelle), c'est que le croque-mort aura remodelé son visage pour qu'il sourit et ait des yeux pétillants lors de sa veillée mortuaire à cercueil ouvert (pour que ses détracteurs puissent vérifier que c'est bien lui et pour qu'il laisse enfin une bonne impression). Rien que ce choix de casting m'incite fortement à éviter ce film de Fincher que je n'aime pas plus (La Gamme de peine, Zodiac, Benjamin Bouton, Panic Poom,
    Cight Flub).

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  7. "Le jour où un sentiment passera sur la gueule de Daniel Craig (et dans sa posture et sa gestuelle), c'est que le croque-mort aura remodelé son visage pour qu'il sourit et ait des yeux pétillants lors de sa veillée mortuaire à cercueil ouvert"

    bhaha

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  8. Putain les gars on avait dit pas les mamans, et pas Fincher... pfff... J'ai trouvé ce remake plutôt bon. Et j'assume !!! Bon sinon l'article m'a bien fait marrer.

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  9. Rooney Mara est franchement pas sale sous le maquillage, mais dans le bouquin, Lisbeth est sensée avoir une tronche de bonhomme, franchement pas sexy, et Noomi Rapace est bien trop bonne pour son rôle dans le premier. Un bon point pour Fincher donc.
    En revanche, si la première adaptation n'avait pas pu retranscrire toute l'intrigue, David l'a carrément violée dans tous les sens.
    Dernière chose: Dans le bouquin, Blomkvist est décrit comme un vieux beau mais qui tombe encore pas mal les gazelles. Craig fait donc vachement mieux l'affaire qu'un sale Suédois à tronche perverse et ayant l'air de s'être fait ravager au vitriol.

    tl;dr: les deux adaptation sont franchement pâles, l'intérêt de la série résidant dans l'intrigue, trop complexe pour être portée sur écran, alors à quoi bon?

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  10. Rooney Mara est franchement pas sale sous le maquillage, mais dans le bouquin, Lisbeth est sensée avoir une tronche de bonhomme, franchement pas sexy, et Noomi Rapace est bien trop bonne pour son rôle dans le premier. Un bon point pour Fincher donc.
    En revanche, si la première adaptation n'avait pas pu retranscrire toute l'intrigue, David l'a carrément violée dans tous les sens.
    Dernière chose: Dans le bouquin, Blomkvist est décrit comme un vieux beau mais qui tombe encore pas mal les gazelles. Craig fait donc vachement mieux l'affaire qu'un sale Suédois à tronche perverse et ayant l'air de s'être fait ravager au vitriol.

    tl;dr: les deux adaptation sont franchement pâles, l'intérêt de la série résidant dans l'intrigue, trop complexe pour être portée sur écran, alors à quoi bon?

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  11. Ulrich LePen09/05/2012 11:19

    Je lis jamais donc ça m'évite les commentaires débiles sur la fidélité d'un film au roman dont il est adapté.
    J'ai bien aimé ce film, surtout le générique de début qui a coûté autant qu'un film français. Et ça m'a donné envie d'enculer une punk alors que je suis facho.

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Fous au moins un pseudo, les anonymes ça nous pète les yeukous.