29 octobre 2011

TINTIN C TWA KE TAI LE MEYEUR

Il a bercé l’enfance de nos grands-parents, je ne parle pas du maréchal Pétain. Il a bercé l’enfance de nos parents, je ne parle pas du Abbey Road des Beatles. Enfin, il a bercé notre enfance via ces mêmes albums à la devanture cornée et aux cases jaunies, je parle bien entendu de Tintin. Des Cigares du Pharaon au Lotus bleu, les albums de Tintin se sont transmis d’une génération à l’autre - un peu comme l’antisémitisme - et gamins, nous nous sommes promis de les offrir un jour à nos mômes. Car voilà ce que représente Tintin au-delà de ses aventures à Jakarta, Tombouctou ou Auschwitz : un passage de témoin. Une partie de notre enfance que l’on lègue pour qu‘à leur tour nos moutards résolvent l‘affaire Tournesol.
Problème. Que fera la prochaine génération de Tintin ? Transmettra-t-elle à son tour les fameuses bds de Hergé ou se contentera-t-elle d’un fichier .avi du Tintin : le secret de la Licorne réalisé par Spielberg ? Déjà que les Belges se sont faits tirer les frites par McDonald’s, ils ne leur restent plus à leur patrimoine que Tintin, alors agissons. Comment ? Comme en 1964 lorsque Tintin et les oranges bleues est sorti : nos aïeuls ont eu le bon goût de le trouver merdique et de renvoyer illico presto Jean-Pierre Talbot et Jean Bouise direction Moulinsart.
Fort d’un budget de 135 M$ pour s’octroyer les tout derniers Intel Pentium du marché, Spielberg & Jackson ont rassemblé ce que l’univers compte d’informaticiens pour concevoir « un hommage vibrant à l’œuvre de Hergé » serti de pixels et d’eurodollars investis dans le cachet d’acteurs hollywoodiens méconnaissables une fois motioncapturisés. Toute la thune ayant été dilapidée au rayon multimédia de la fnac, Spielby et Jacks ont recruté les seuls scénaristes acceptant de bosser pour pas un radis : Stephen Moffat (Docteur Who) a signé le script, Edgar Wright (Scott Pilgrim) et Joe Cornish (un type bon en grammaire je suppose) ont rajouté des vannes pour enfants en bas âge - des rots. Le reste de cette entreprise n’est qu’informatique, logiciels, modélisations de coordonnées (x,y,z) et rails de coke (en stock) à 8h du mat’.
Il l’a prouvé avec Indiana Jones lorsque la critique européenne lui a soumis Tintin sous les yeux, Spielberg, le picarresque ça le connait. L’être pur et curieux aka Tintin, c’est l’archétype spielbergien en chef. Sur le papier, Spielby est donc l’homme de la situation, Hergé de son vivant lui ayant d‘ailleurs donné sa bénédiction. Qu’est-ce donc que ce bordel à l’écran alors ? Niveau adaptation : pas une trace des frères Loiseau. Envolés ? Niveau graphisme : chaque personnage a un nez maousse en travers de la figure, on se croirait à Groland. Niveau mise en scène : hormis des réflexions dans à peu près tout ce qui reluit (miroir, flaque, le visage de ta sœur), Spielberg nous ressort les mêmes course-poursuites que celles d’Indy 4. Tintin arrive à son climax lorsque Haddock rote son whisky dans le réservoir d’un avion pour le relancer, on sent vibrer à cet instant « l’hommage au génie de Hergé » dans toute la salle. Pour finir, félicitations à Gad Elmaleh qui est autant impliqué dans le film que Stéphane Guivarc’h dans la victoire française de la Coupe du monde en 98 : 2 minutes à l’écran pour autant de répliques, une belle carrière à l’internationale qui se confirme après son rôle d’envergure dans le dernier Woody Allen.
Tin mé vivemen ka mé zenfans c mwa ke jleur trensmete le dvd 2 Tintin komen ki von tro etre konten franchmen, mer6 stivene chpilbergue t tro for lol.

25 octobre 2011

THE ARTIST : DU RICAIN BIEN DE CHEZ NOUS

Quand je regarde en arrière sur ASBAF, je réalise que mes derniers articles ne portent que sur des dessins animés pour chiards, des films avec des enfants-acteurs ainsi que sur Justin Bieber. A part la théorie disant que la séduction passe par l’apprentissage des goûts de l’autre, je ne me l’explique pas. Mais quitte à reviewer des films pour pécho, j’arrête l’enfant ; visons la vieille. La milf de bon goût. Le rat des salles de cinéma, toujours sapée avec les mêmes fringues délavées et fière détentrice d’une collection de milliers de cartes de ciné tamponnées. La meuf typique ayant kiffé The Artist.
T’as entendu parler de The Artist, c’est le film pour lequel la file d’attente remplie de types mal fringués patientait pendant que toi et tes potes winners preniez vos places pour Johnny English : le Retour parce que bon, toi t’es quand même un grand fan de Rowan "Bean" Atkinson, le seul humain à avoir été touché par le bug de l’an 2000, et ce en 95, année à laquelle il est à jamais resté coincé. Alors c’est sûr, sur le papier tu t’ennuies moins devant la tronche de Bean en 3D que devant un film muet en noir et blanc produit cette année, à ceci près que The Artist réunit une belle bande de talentueux salopards, à commencer par Hazanavicius, son réalisateur, décidément obsédé par le cinéma d’une autre époque. C’est aussi le mec particulièrement balèze en dialogues dans cette grande mafia qu'est le cinéma français, auteur des OSS 117, Derrick contre Superman et du Grand Détournement, alors respect mon pote. Ensuite t’as quand même Jean Dujardin et Bérénice Bejo, déjà réunis dans Le Caire : nid d’espions, qui connaissent un minimum leur sujet. Troisième homme à mon avis, le maître de la musique de ce film, Ludovic Bource. On peut se foutre de son blaze mais pas de ses prods, en plus de ses précédentes collaborations avec Hazanavicius, ce mec a bossé entre autres avec Bashung ou les Svinkels.

Le problème c’est que sur le papier, c’est toujours un peu naze et surtout complètement con. Un boss des dialogues qui décide de faire un film muet, des comédiens certes talentueux mais qui n’ont jamais eu l’occasion de bosser sans l’ouvrir, un arrangeur d’albums rock et punk-hip-hop qui se colle à la composition de morceaux de classique... Bref, il fallait une paire grosse comme les Twin Towers à Thomas Langmann l’opportuniste pour produire une équation pareille. Ca donne une histoire qui rappelle beaucoup l’excellent L’Illusionniste de Sylvain Chomet : dans les années 30, Duj’, star de films muets, ne parvient pas à résister face à la nouvelle mode des films parlants. Lui qui a lancé une jeune actrice devenue superstar (Bejo) se retrouve à son tour au fond du trou et refuse la main qu’elle lui tend.
Heureusement pour Langmann et son plan épargne logement, c’était bien vu : Hazanavicius et tous les autres sont à leur poste, occupés à pondre le meilleur truc de l’année 2011. Dujardin n’a pas volé son prix à Cannes ; lui qui d’emblée joue à merveille le rôle du beauf est ici fantastiquement émouvant, et dans le rire, et dans le drame. Bejo ne tient pas la chandelle pour autant, elle rend hommage aux femmes de ces films muets au point qu’on se croirait devant l’un d’entre eux ; on la croquerait volontiers. Y’a même John Goodman (Barton Fink, The Big Lebowski) dans le rôle du producteur d’Hollywood, tu vois qu’il est fait pour toi ce flime. Bource en chef d’orchestre : avec sa musique, tantôt d’inspiration classique, tantôt jazzy dont les sonorités rappellent le taff de Bernard Herrmann sur Taxi Driver, il explose à mon sens les bandes originales de tous styles de cette dernière année. 
Il est pour moi une scène culte dans The Artist : alors que le film est bercé de bout en bout par la musique, son climax se fait dans le silence le plus total : on palpe les émotions de nos voisins et voisines dans la salle de ciné, moment fantastique pour quiconque aime le cinoche. Et pour une fois que c’est pas la ménagère qui mange ses chips ou chiale devant Kad Merad, on va pas se plaindre. Je souhaite que ce truc rafle un paquet d’Oscars en Février 2012. Moi j’en ai rien à foutre des Oscars, mais ça emmerdera un paquet de monde et ce sera enfin pour un bon film (coucou La Môme). Bon je me casse, y'a Samantha, 57 ans, qui  me supplie de venir lui parler politique dans ma cave. La bise.

8 octobre 2011

DRIVE - LEÇON DE CHOSES

Bonjour les enfants. Prenez tous place, et en silence si c'est pas trop vous demander. Luc et Jean, cette fois je ne veux pas vous voir l'un à côté de l'autre. Michael range ce livre sur les robots, ce n'est pas à l'ordre du jour. Roland fais moi plaisir et arrête de tout détruire. Et toi, Uwe je t'ai à l’œil, tiens toi à carreaux si tu ne veux pas d'une nouvelle heure de retenue. Aujourd'hui, je vais vous apprendre les moyens à mettre en œuvre pour réussir un flim. Pour cela, je vais vous demander de sortir vos livres page 31. Tout le monde y est ? Ok, nous pouvons commencer.
Il n'existe pas de recette miracle pour réaliser un bon flim. Il y a bien sûr les « inéluctables ». Ces éléments qui n'ont jamais fait un bon flim, tels que les scénarios qui tournent autour des animaux (Dr Doolittle, Mr Popper et ses pingouins, Beur sur la ville), de la nature (Le grand bleu, Into the wild, Pyramides), de la robotique (A.I, I.Robot, Iphone, Steve Jobs) ou les adaptations de jeux vidéo. Il y a également des acteurs qui même entre les mains des plus prometteurs peuvent pourrir un flim. Page 35 vous trouverez une liste non exhaustive d'acteurs à rayer de son casting : Dolph Lundgren, Vincent Lagaf' et Mélanie Laurent sont en tête de liste. Pour réaliser un bon flim, il faut souvent faire preuve d'originalité, parfois de simplicité, le mieux étant de faire les deux. Prenez Drive de Nicolas Winding Refn pour exemple. Son flim est inspiré du roman homonyme de James Sallis. L'histoire n'a rien d'incroyable : un as du volant occupe son temps libre à faire le cascadeur le jour et chauffeur pour la mafia la nuit. Mais, là où certains se seraient rabaissés à faire un Fast & Furious, ou un énième Transporteur, Refn a su trouver la parfaite combinaison entre un flim d'auteur intelligent et un ovni énergique et violent. Qu'est ce que je viens de dire Luc ? Tu peux répéter ? Non ? Tu ferais mieux de suivre, ça t'éviterait de faire un nouveau nanard avec un chauffeur de taxi et une pute.

Ouais, Drive c'est plus que ça. Et puis, Gosling c'est pas Statham non plus, même si sa brutalité est équivalente à celle d'un bulldozer, la finesse est ici de rigueur. Bien que le héros anonyme ait autant de tirades que Schwarzy dans Terminator, Ryan fait de son personnage une figure du cinéma à la fois émouvante, choquante et mystérieuse. Épaulé par un furtif Bryan Walter Cranston au top de sa forme et par la jeune Carey Mulligan, Gosling et son mutisme envoûtent la caméra ainsi que le spectateur avec une performance qui ne manquera certainement pas d'être récompensée. De son côté Refn a su s'entourer : un scénariste de Kapur, le directeur de la photographie de Singer et le compositeur de Soderbergh. Chacun y fait un travail remarquable avec une petite mention supplémentaire pour la bande originale qui fait chavirer les cœurs, mais tous ces bras et ces encéphales n'auraient servi à rien sans le génie du réalisateur de Bronson lui même.
Retiens ça Michael : dans un bon flim, les courses poursuites ne sont pas nécessairement filmées depuis l'extérieur avec des caméras fixées au niveau des roues ou du rétro pour faire des effets kikoo. Nicolas quant à lui est bien plus intéressé par ce qui se passe dans l'habitacle que par des pneus qui crissent ou des montagnes de voitures empilées. Plus important encore, pour faire un flim de haut rang il faut insérer de la tension, de la peur, une graine la folie et quelques notes de gore pour créer une variation du rythme de la narration et ainsi subjuguer son spectateur. Les sursauts de puissance et les excès de violences temporisent un flim minutieusement construit où la mise en scène offre un véritable travail d'orfèvre : une tuerie. Refn jongle habilement avec tous les éléments qui composent son flim pour finalement en sortir la recette idéale et ainsi nous insuffler un vent frais sur cette rentrée du ciné plus qu'abrutissante avec ses Guerres des boutons et autres bouffoneries. Merci Mr Winding Refn.
DRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRIIIIING
J'espère que vous avez bien tout pris en note, interro surprise vendredi prochain. Roland, tu m'effaceras le tableau. Et je vous souhaite à tous un très bon week-end.